
Introduction : Un Chantier d'une Génération
Il y a
des moments dans l'histoire d'un pays où un événement catalyse des décisions
d'envergure historique, où l'ambition collective se cristallise en acier, en
béton et en rails de haute vitesse. Pour le Maroc, ce moment, c'est la Coupe du
monde 2030. Coorganisée avec l'Espagne et le Portugal, avec des matchs
symboliques en Amérique du Sud pour commémorer le centenaire de la compétition,
cette édition historique place le Royaume au centre de l'attention mondiale —
et pousse ses dirigeants à engager une transformation sans précédent de ses
infrastructures.
Le
Maroc a engagé un programme d'investissements d'une ampleur exceptionnelle dans
le transport, atteignant 14 milliards de dollars (environ 130 milliards de
dirhams), afin d'accompagner la montée en puissance de ses infrastructures à
l'approche de la Coupe du monde 2030, a exposé le ministre du Transport et de
la Logistique, Abdessamad Kayouh, dans un entretien accordé à Asharq-Bloomberg.
L'effort financier, articulé autour du secteur aérien, ferroviaire et maritime,
traduit une volonté d'adapter les capacités nationales à un flux croissant de
voyageurs et à un repositionnement du Royaume sur les grandes routes
internationales.
Mais
ces 14 milliards de dollars ne sont pas seulement investis pour accueillir des
millions de supporters pendant quelques semaines. Ils dessinent le Maroc de
demain — plus connecté, plus mobile, plus ouvert sur le monde. Voici le détail
d'une révolution en marche.
Le Plan d'Ensemble : 152 Milliards de Dirhams pour Transformer la Mobilité Nationale
À
l'horizon 2030, le Maroc redessine sa carte de la mobilité. Avec un
investissement colossal de 152 milliards de dirhams, le Royaume modernise ses
trains, repense ses aéroports et étoffe sa flotte aérienne pour mieux connecter
ses territoires et rayonner à l'international. Objectif : accompagner la
croissance économique, faciliter les échanges et relever les défis logistiques
posés par la Coupe du monde 2030.
Le
plan global s'articule autour de trois axes majeurs : l'extension et la
modernisation du réseau ferroviaire, la refonte des infrastructures
aéroportuaires et le renforcement de la flotte nationale aérienne. Le secteur
ferroviaire concentre les deux tiers de cet investissement, soit près de 96
milliards de dirhams.
Un
programme d'une telle envergure n'est pas né de la seule opportunité
footballistique. Il s'inscrit dans une vision stratégique de long terme, celle
d'un Maroc qui veut devenir le hub de référence entre l'Europe et l'Afrique —
un carrefour commercial, touristique et logistique de premier plan à l'échelle
du continent.
Le Ferroviaire : 96 Milliards de Dirhams pour la Grande Vitesse
La LGV Kénitra-Marrakech : Le Projet du Siècle
Le
chantier ferroviaire le plus ambitieux du continent africain est en cours sur
le sol marocain. Après le succès retentissant de la ligne Al Boraq entre Tanger
et Kénitra — première LGV d'Afrique, inaugurée en 2018 — le Maroc étend
désormais ce réseau de grande vitesse vers le sud du pays.
Depuis
le 24 avril 2025, les travaux de l'extension de la ligne entre Kénitra et
Marrakech (430 km) sont officiellement lancés. Ce projet de 53 milliards de
dirhams permettra de relier Tanger à Marrakech en seulement 2h40, tout en
desservant les aéroports de Rabat et Casablanca.
D'ici
2030, la ligne à grande vitesse reliera Kénitra à Marrakech en deux heures
trente, contre six heures aujourd'hui, transformant radicalement la mobilité
nationale. Pour saisir l'ampleur de cette transformation : ce qui prenait une
journée entière de voyage se fera en une pause-café. L'axe atlantique du Maroc
— Tanger, Rabat, Casablanca, Marrakech — sera désormais aussi fluide et rapide
qu'un corridor européen.
Ce
projet phare de 96 milliards de dirhams a des implications bien au-delà de la
simple modernisation du réseau ferroviaire. Il incarne une ambition nationale :
celle d'une meilleure répartition des richesses et des opportunités sur le
territoire. En reliant de manière plus fluide les grandes agglomérations du
pays, la LGV va favoriser une redistribution de l'activité économique,
permettant ainsi de réduire les disparités régionales, notamment entre les
zones côtières et intérieures.
168 Nouveaux Trains, Dont 18 Rames Grande Vitesse
Pour
accompagner ce développement, l'ONCF a commandé 168 nouveaux trains, dont 18
rames à grande vitesse au constructeur français Alstom. Sur le montant total de
53 milliards de dirhams, 29 MMDH sont destinés à l'acquisition de 18 trains à
grande vitesse et 150 trains multiservices, et 14 milliards de dirhams pour la
construction et la réhabilitation d'une quarantaine de gares dans le but de
maintenir l'efficacité du réseau national.
Le RER de Casablanca : La Mobilité Urbaine du Futur
Un
autre projet ambitieux est la mise en place d'un RER marocain, qui reliera
Casablanca, Rabat et Marrakech. Ce réseau de 250 km et 35 stations facilitera
les trajets quotidiens des habitants et des visiteurs, rendant les grandes
villes plus interconnectées.
Abdessamad
Kayouh a également évoqué le projet du Réseau Express Régional (RER) de
Casablanca, une solution innovante pour relever les défis de la mobilité
urbaine et périurbaine.
Ce
réseau express régional changera fondamentalement la vie quotidienne des
millions de Casablancais, réduisant les embouteillages chroniques de la
métropole et offrant une alternative durable à la voiture individuelle — bien
au-delà des seuls besoins du Mondial.
Les Aéroports : Doubler la Capacité pour Accueillir le Monde
Le Programme "Aéroports 2030" : De 38 à 80 Millions de Passagers
Le
programme "Aéroports 2030" est un projet ambitieux visant à augmenter
la capacité aéroportuaire du Maroc, la portant de 38 à 80 millions de passagers
par an. C'est un doublement de la capacité d'accueil en quelques années — un
objectif audacieux mais nécessaire pour un pays qui ambitionne de recevoir 26
millions de touristes par an d'ici 2030.
Le secteur aérien bénéficiera d'un
programme de 38 milliards de dirhams d'ici 2030. Il vise à moderniser et
agrandir les aéroports de Rabat, Tétouan, Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger
et Fès.
L'Aéroport Mohammed V : Un Hub Intercontinental de Premier Plan
L'aéroport
Mohammed V de Casablanca est la pièce maîtresse de cette stratégie
aéroportuaire. Les travaux en cours à l'aéroport Mohammed V de Casablanca sont
impressionnants. Un nouveau terminal de 600 000 m², une nouvelle piste de 3 700
m et une gare LGV intégrée permettront d'accueillir jusqu'à 35 millions de
passagers par an d'ici 2029.
L'aéroport Mohammed V de
Casablanca, appelé à devenir un hub majeur entre l'Afrique et le reste du
monde, en est la pierre angulaire. Abdessamad Kayouh a affirmé que le Maroc
entre dans une étape décisive de son développement, notamment à l'approche de la
Coupe du monde 2030 : l'objectif est de démontrer la capacité du Royaume à
bâtir un système de mobilité intégré, sûr et inclusif.
Royal Air Maroc en Pleine Expansion
La
flotte de la compagnie Royal Air Maroc passera de 60 avions actuellement à 62
avant la fin de l'année, puis à 71 en 2026, avec la réception prévue de neuf
Boeing 737 MAX 8 et deux Boeing 787 Dreamliner. Une montée en puissance qui
traduit la volonté du Maroc de se positionner comme une destination aérienne de
premier plan sur les marchés africains, européens et américains.
Les Transports Urbains : Moderniser les Villes Hôtes

Le Tramway de Casablanca : Déjà en Marche
Les
lignes T3 et T4 du tramway de Casablanca, inaugurées en septembre 2024 après un
investissement de 7 milliards de dirhams, offrent davantage de mobilité dans la
métropole. Ces extensions viennent compléter les réseaux existants et
s'inscrivent dans un plan plus large de modernisation du transport urbain à
l'échelle nationale.
Le Réseau Routier : 1 200 km d'Autoroutes Modernisées
La
Société nationale des autoroutes du Maroc (ADM) s'apprête à moderniser près de
1 200 km du réseau autoroutier. Pour le volet routier, un budget de plus de 5
milliards de dirhams est en cours d'approbation pour relier le centre-ville de
Casablanca au grand stade prévu au Nord-Ouest de la ville.
Le
Maroc s'est engagé dans une vaste réforme du transport urbain avec un programme
d'investissement de 11 milliards de dirhams.
Les Stades : Des Infrastructures Sportives de Classe Mondiale

Le Grand Stade Hassan II : Bientôt le Plus Grand Stade du Monde
Le
Grand Stade Hassan II sera érigé à El Mansouria, dans la province de
Benslimane, à une trentaine de kilomètres de Casablanca. Conçu par Populous et
le cabinet Oualalou + Choi, il pourra accueillir jusqu'à 115 000 spectateurs.
Le
Grand Stade Hassan II, à Benslimane, avec ses 115 000 places, deviendra le plus
grand stade du monde, un véritable symbole de cette ambition. La couverture 5G
et le déploiement de la fibre optique dans les villes hôtes sont en cours,
assurant une connectivité à la hauteur des standards internationaux et
renforçant la modernisation numérique du pays.
La
Coupe du monde 2030 constitue un véritable accélérateur d'infrastructures,
d'innovation et de durabilité pour le Maroc. Le cahier des charges du Mondial
2030 met l'accent sur la sobriété énergétique. Plusieurs stades marocains
intègrent déjà des centrales solaires en toiture, des systèmes de récupération
des eaux et des matériaux à faible impact carbone.
Six Villes Hôtes, Une Vision Nationale
Au
Maroc, plusieurs stades accueilleront la Coupe du Monde 2030 : le Grand Stade
de Casablanca, le Stade Ibn Batouta de Tanger, le Complexe Sportif Prince
Moulay Abdellah de Rabat, les stades d'Agadir, de Fès et de Marrakech.
La CAN
2025, organisée avec un succès salué à l'international, a déjà démontré la
capacité du Maroc à tenir ses engagements. L'événement avait généré plus de 2
milliards d'euros de retombées économiques pour environ 1 milliard d'euros
d'investissements dans les infrastructures sportives, tout en créant plus de 60
000 emplois directs et indirects et en mobilisant plus de 3 000 entreprises
marocaines.
L'Impact Économique : Une Transformation Durable au-delà du Football
Des Retombées Estimées à 8-10 Milliards de Dollars
Les
retombées économiques globales de la Coupe du monde sont estimées à 8 à 10
milliards de dollars, avec un impact sur le PIB de +1 à +2,5 points. L'objectif
est d'atteindre 26 millions de touristes en 2030 contre environ 20 millions en
2025, avec des recettes touristiques visées à 120 milliards de dirhams.
Des Centaines de Milliers d'Emplois Créés
L'impact
de la Coupe du Monde 2030 sur le marché de l'emploi au Maroc sera
particulièrement notable. Les prévisions indiquent que la compétition devrait
générer entre 200 000 et 300 000 emplois, principalement dans les secteurs de
la construction, de l'hôtellerie, des transports et des services publics.
Les
autres infrastructures publiques, comme les aéroports, les autoroutes et les
routes locales, bénéficieront d'un plan d'amélioration qui nécessitera environ
1,5 milliard de dollars d'investissements, créant au passage 50 000 à 80 000
nouveaux emplois dans les domaines de la construction, du tourisme et des
services. Ces projets permettront de renforcer la compétitivité du Maroc comme
destination touristique et de moderniser l'ensemble du réseau de transport.
Le Soutien des Institutions Financières Internationales
La
Banque africaine de développement soumettra prochainement, pour approbation, un
projet de financement de 650 millions d'euros pour le développement des
infrastructures ferroviaires et aéroportuaires, renforçant ainsi la
compétitivité du Maroc dans ce domaine.
Le
Royaume du Maroc a émis le 26 mars 2025, un emprunt obligataire de 2 milliards
d'euros sur le marché financier international, dont une partie des fonds sera
mobilisée pour financer le projet de la Coupe du Monde de football 2030.
Conclusion : Un Maroc en Mouvement, pour 2030 et au-delà
La
Coupe du monde 2030 est bien plus qu'un tournoi de football pour le Maroc.
C'est un accélérateur historique, un levier de transformation nationale qui
façonne durablement le paysage économique, urbain et social du Royaume.
Tous
ces investissements entrent dans le cadre d'un plan stratégique du Royaume
chérifien qui prévoit de rehausser le standing de ses infrastructures de
transport à l'horizon 2050, non seulement pour réduire les difficultés de
mobilité, mais aussi pour stimuler l'industrie du tourisme qui contribue à plus
de 7% du PIB national.
Quand
les supporters du monde entier débarqueront au Maroc en 2030, ils découvriront
un pays radicalement transformé : des TGV qui avalent les kilomètres entre
Tanger et Marrakech en moins de trois heures, des aéroports ultramodernes
capables d'accueillir 80 millions de passagers par an, un tramway qui fluidifie
Casablanca, et des stades qui rivaliseront avec les plus grandes enceintes
sportives du monde.
