
Introduction : Un Royaume, Trois Religions, Une Vision
Dans
un monde où les tensions interreligieuses alimentent trop souvent les conflits,
le Maroc se distingue par un modèle singulier et admirable : celui d'un royaume
musulman qui, depuis des siècles, inscrit dans ses fondements mêmes la
protection et la garantie de la liberté de culte pour tous ses habitants. Cette
singularité ne tient pas du hasard, ni d'une tolérance passive — elle est le
fruit d'une vision politique et spirituelle portée au plus haut niveau de
l'État, celle du Roi, Commandeur des Croyants.
Des
mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans
les villes du Royaume : voilà ce que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al
Mouminine, a présenté comme la réalité marocaine devant le Pape François en
2019. Une réalité vivante, concrète, visible dans chaque médina et chaque ville
du pays. Et une conviction ancrée dans la Constitution du Royaume, dans ses
institutions, dans son histoire millénaire.
Comprendre
ce modèle, c'est comprendre une facette essentielle et souvent méconnue du
Maroc — celle d'un pays qui, bien avant que le dialogue interreligieux ne
devienne une priorité internationale, vivait déjà la coexistence des croyances
comme une richesse nationale, un héritage précieux et une responsabilité
royale.
Amir Al Mouminine : Un Titre aux Racines Millénaires
La Commanderie des Croyants : Origine et Sens
Pour
saisir la profondeur du rôle royal en matière de liberté religieuse au Maroc,
il faut d'abord comprendre ce que signifie le titre d'Amir Al Mouminine —
Commandeur des Croyants. Le premier à porter ce nom de Commandeur des Croyants
est le deuxième successeur du Prophète, le Calife Omar Ibn al-Khattab. Ce
concept signifie que le Chef de l'État gère les affaires de la religion et les
affaires du monde séculier, suivant la ligne de conduite du Prophète.
Au
Maroc, ce titre n'est pas une métaphore ou un vestige historique : depuis le
début du IXe siècle après J.C., qui a coïncidé avec l'avènement de la première
famille royale de l'ère islamique dans ce pays, le roi ou le sultan gouverne en
tant que Commandeur des Croyants sur la base d'un acte d'allégeance. Un contrat
moral et politique entre le souverain et sa nation, renouvelé génération après
génération.
Un Titre qui Transcende les Frontières Confessionnelles
Ce qui
fait la singularité absolue du titre au Maroc, c'est son interprétation
élargie. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a affirmé : "Nous sommes le
Commandeur de tous les croyants. En tant que Commandeur des Croyants, Je ne
peux parler de Terre d'Islam, comme si n'y vivaient que des musulmans. Je
veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et Je le
garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d'autres pays qui
vivent au Maroc."
Cette
formulation est d'une portée considérable. Le Commandeur des Croyants n'est pas
le garant de l'islam seul — il est le garant de la foi de chacun, le protecteur
de toutes les religions du Livre qui coexistent sur le sol marocain. Une vision
que peu de chefs d'État dans le monde musulman ont osé formuler avec autant de
clarté et de solennité.
La Constitution de 2011 : La Liberté de Culte Gravée dans le Marbre
L'Article 41 : Une Garantie Constitutionnelle Explicite
La
liberté de culte au Maroc n'est pas une simple tradition ou une tolérance de
fait — elle est une garantie constitutionnelle explicite. Dans son article 41,
la Constitution du Royaume annonce que le Roi, Amir Al Mouminine, veille au
respect de l'Islam, et qu'il est le Garant du libre exercice des cultes.
Cette
formulation est remarquable à double titre. Elle articule deux missions qui
pourraient sembler contradictoires mais que le législateur marocain a su
harmoniser : protéger l'islam comme religion officielle de l'État, et
simultanément garantir à tous les habitants du Royaume le droit d'exercer
librement leur culte. Cette dualité n'est pas une tension — c'est l'essence
même du modèle marocain.
La Constitution Reconnaît la Pluralité des Héritages Marocains
La
Constitution marocaine consacre dans son préambule la diversité des affluents
culturels du Royaume, reconnaissant les apports des traditions hébraïque,
chrétienne et andalouse à l'identité nationale. Ce texte, adopté en 2011,
affirme également l'attachement du Maroc aux droits de l'homme tels qu'ils sont
universellement reconnus, y compris la liberté de culte pour les minorités
religieuses vivant sur le territoire.
Reconnaître
dans la Constitution que les traditions hébraïque, chrétienne et andalouse font
partie de l'identité nationale marocaine est un acte politique et symbolique
fort, qui distingue le Maroc de nombreux pays à majorité musulmane. C'est la
reconnaissance officielle que l'identité marocaine est plurielle, composite, et
que cette pluralité est une richesse à célébrer, non une anomalie à corriger.
Une Coexistence Millénaire : Juifs, Chrétiens et Musulmans au Maroc
La Communauté Juive Marocaine : Un Héritage Protégé
La
présence juive au Maroc est l'une des plus anciennes du monde. Bien avant
l'arrivée de l'islam, des communautés juives habitaient les terres qui
constituent aujourd'hui le Royaume, formant une composante inséparable de
l'identité culturelle et historique marocaine. La communauté juive marocaine
est une exception notable en terre d'islam, étant l'une des plus anciennes du
monde. L'État ne se contente pas de la tolérer ; il protège son patrimoine,
restaure ses synagogues et reconnaît son apport inestimable à l'histoire
nationale.
Cette
protection royale s'est traduite par des actes concrets et visibles. Sa Majesté
a initié le plan de réhabilitation des écoles et des lieux de culte juifs,
notamment l'ouverture de la synagogue Raphael Nkaoua à Salé, ainsi que
l'inauguration le 13 février 2013 — après sa restauration — de la synagogue
Abendanan de Fès, connue sous le nom de "slat el fassiyine". Des
lieux de mémoire et de prière remis à neuf grâce à une volonté royale, témoins
vivants d'une coexistence que l'Histoire a forgée siècle après siècle.
Dans
les villes marocaines comme Fès, Marrakech, Casablanca ou Essaouira, les mellah
— quartiers juifs historiques — restent des lieux de patrimoine vivant,
entretenus et valorisés comme parties intégrantes de l'héritage urbain
marocain. Un signe fort que la mémoire juive fait pleinement partie de
l'histoire nationale.
Les Chrétiens du Maroc : Bienvenue et Protection
La
communauté chrétienne au Maroc est composée principalement de résidents
étrangers et d'Africains subsahariens. Leurs lieux de culte — ces églises —
sont officiellement autorisés, sécurisés et protégés par les autorités locales.
Cette coexistence pacifique est souvent citée en exemple, faisant du Maroc un
modèle régional de tolérance interreligieuse.
Les
cathédrales de Rabat et de Casablanca, héritages de la période coloniale,
continuent d'accueillir des offices réguliers dans un cadre de parfaite
sérénité. Elles illustrent concrètement ce que le Roi Mohammed VI a proclamé
devant le monde entier : sur le sol marocain, les lieux de culte de toutes les
religions du Livre coexistent dans la dignité et la paix.
Mohammed VI devant le Pape François : Une Déclaration Historique
Le 30 Mars 2019 : Rabat comme Symbole de la Fraternité Abrahamique
Le 30
mars 2019, sur l'esplanade de la Mosquée Hassan à Rabat, s'est joué un moment
d'une portée symbolique exceptionnelle. Le Roi Mohammed VI accueillait le Pape
François — chef spirituel de 1,3 milliard de catholiques dans le monde — dans
une cérémonie qui résumait à elle seule la vision marocaine de
l'interreligieux. Le Roi a déclaré : "Le Royaume du Maroc n'a jamais cessé
de clamer, d'enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils
d'Abraham — pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation
marocaine."
Ce
n'était pas seulement un discours diplomatique. C'était une déclaration de foi
dans un Maroc pluriel, une affirmation publique, devant le chef de l'Église
catholique et le monde entier, que la protection des croyants de toutes
confessions est une responsabilité royale assumée pleinement et sans ambiguïté.
"Nous Nous portons Garant du libre exercice des cultes"
La
formule prononcée ce jour-là par le Roi est entrée dans l'histoire de la
diplomatie interreligieuse mondiale. "Nous, Roi du Maroc, Amir Al
Mouminine, Nous Nous portons Garant du libre exercice des cultes" — sept
mots d'une clarté absolue, prononcés par un monarque musulman devant le chef de
l'Église catholique, sur le sol d'un pays à majorité musulmane. Une déclaration
sans équivalent dans le monde contemporain.
De son
côté, le Pape François, visiblement touché, a salué l'Institut Mohammed VI pour
les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, créé dans le but de fournir une
formation adéquate et saine contre toutes les formes d'extrémisme, qui
conduisent souvent à la violence et au terrorisme. Une validation pontificale
du modèle marocain de l'islam modéré, aux yeux du monde entier.
Les Institutions Royales au Service du Dialogue et de la Modération
L'Institut Mohammed VI : Former des Imams pour la Paix
L'Institut
Mohammed VI de formation des imams, des morchidines et des morchidates
constitue une pierre angulaire de la stratégie marocaine pour promouvoir un
discours religieux modéré. Créé en 2015, cet institut forme des cadres
religieux marocains et étrangers, notamment d'Afrique subsaharienne et
d'Europe, dans une optique de tolérance et de rejet de l'extrémisme.
Ce
sont 1 300 étudiants, hommes et femmes, qui suivent des cursus de deux ou trois
ans dans cet établissement, fer de lance de l'islam modéré prôné par le Roi.
Cet institut accueille des étudiants venus d'une quinzaine de pays, dont la
France, la Tunisie, le Mali, la Guinée ou encore le Nigeria — faisant du Maroc
un pôle mondial de formation religieuse modérée qui dépasse largement ses
frontières.
La Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains
La
Fondation Mohammed VI des Ouléma africains contribue à diffuser ce modèle
au-delà des frontières du Royaume, affirmant le rôle du Maroc comme leader
spirituel en Afrique. À travers cette institution, le Maroc exporte son modèle
de coexistence et de modération à l'ensemble du continent africain, contribuant
activement à la prévention de la radicalisation et à la promotion d'un islam
ouvert sur le monde.
De la "Tolérance" à la "Co-connaissance"
La
bienveillance royale vis-à-vis des autres religions monothéistes va encore plus
loin, puisque Sa Majesté a relevé les limites de la "tolérance" et a
plaidé pour la "co-connaissance", en soulignant que "les
religions abrahamiques n'existent pas pour se tolérer, par résignation
fataliste ou acceptation altière. Elles existent pour s'ouvrir l'une à l'autre,
faire du bien l'une à l'autre".
Cette
nuance conceptuelle est fondamentale. La "tolérance" implique une
forme de condescendance — on tolère ce qui nous dérange. La
"co-connaissance", terme forgé par le Roi lui-même, implique une
démarche active : aller vers l'autre, apprendre de l'autre, s'enrichir
mutuellement. C'est une philosophie interreligieuse qui place le Maroc très en
avance sur le discours international dominant.
Le Maroc, Modèle Mondial de Coexistence Religieuse
Un Modèle Reconnu à l'International
La
tolérance religieuse au Maroc, soutenue par un cadre juridique solide, des
politiques publiques cohérentes et des initiatives royales visionnaires,
constitue un modèle dans un contexte international marqué par les divisions. En
s'appuyant sur son héritage culturel et en adaptant ses institutions aux défis
contemporains, le Royaume démontre que la diversité peut être une richesse et
non une source de conflit.
Le
Maroc est régulièrement cité en exemple dans les forums internationaux sur la
liberté religieuse, la prévention de l'extrémisme et le dialogue
intercivilisationnel. Ses initiatives — l'Institut des imams, la Fondation des
oulémas africains, la réhabilitation des synagogues, l'accueil de dignitaires
religieux du monde entier — sont perçues comme autant de preuves concrètes
qu'un islam de paix et d'ouverture est non seulement possible, mais vivant et
opérationnel.
La Référence Unique du Rite Malékite
Le Roi
affirme l'exclusivité du rite malékite, caractérisé par sa souplesse et son
ouverture sur la réalité. Le Commandeur des Croyants est l'unique référence
religieuse pour la nation marocaine : aucun parti ou groupe ne peut s'ériger en
porte-parole ou en tuteur de l'islam.
Cette
unicité de la référence religieuse est une des clés de la stabilité spirituelle
et sociale du Maroc. En concentrant l'autorité religieuse entre les mains du
Roi-Commandeur, le Maroc se protège efficacement contre les dérives sectaires,
les courants extrémistes et les tentatives d'instrumentalisation politique de
la religion — un défi majeur que de nombreux pays peinent à relever.
Conclusion : Le Maroc, Phare de la Fraternité Abrahamique
Le
modèle marocain de liberté de culte et de coexistence interreligieuse n'est pas
le fruit d'une improvisation ou d'une mode passagère. Il est le produit d'une
histoire millénaire, d'une tradition de tolérance ancrée dans les gènes du
Royaume, et d'une vision royale courageuse et constante.
Depuis
son accession au trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a perpétué les traditions
marocaines d'attachement au dialogue interconfessionnel, le Royaume du Maroc
ayant toujours cultivé une longue tradition de tolérance et de respect de
l'autre, en tant que terre de brassage et d'appartenance plurielles, où
coexistent — dans la paix et le respect mutuel — différentes communautés
culturelles.
Pour
le voyageur qui visite le Maroc, cette réalité se lit dans les pierres des
villes : dans la mosquée et l'église qui se font face à Rabat, dans la
synagogue restaurée du mellah de Fès, dans les clochers et les minarets qui
ponctuent l'horizon de Casablanca. Elle se vit dans les rencontres, dans
l'hospitalité légendaire d'un peuple habitué à accueillir l'autre depuis des
siècles.
Le
Maroc n'est pas seulement une belle destination de voyage. C'est une leçon
vivante offerte au monde entier : celle d'un pays qui a choisi, depuis
toujours, de construire sa force sur la diversité, sa paix sur la connaissance
mutuelle, et sa grandeur sur le respect de chaque croyant — sous la garantie et
la bienveillance de son Roi, Commandeur de tous les Croyants.