Région de l'Oriental : la découverte de fossiles de dinosaures qui révolutionne la paléontologie marocaine

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fossiles maroc

Sous les grès rouges et les argiles du Crétacé supérieur qui tapissent les sols arides de Figuig et de Tendrara, dans la région de l'Oriental, dormaient depuis plus de 100 millions d'années des secrets enfouis que la science vient de commencer à dévoiler. Une équipe de chercheurs du Laboratoire des Gîtes minéraux, hydrogéologie et environnement de l'Université Mohammed 1er d'Oujda a mis au jour, après plusieurs années de recherches patientes sur le terrain, d'importants gisements de fossiles de dinosaures dans cette région du nord-est du Maroc.

Ce n'est pas simplement une découverte scientifique de plus. C'est une révélation qui repositionne la région de l'Oriental — souvent méconnue des circuits touristiques classiques — comme un territoire d'une richesse paléontologique exceptionnelle, comparable aux gisements les plus célèbres d'Afrique. Et c'est surtout la preuve, une fois encore, que le sous-sol marocain est l'un des livres d'histoire les plus précieux de la planète.

 

1. Le Chott de Tigri (Tendrara) : un cimetière de géants enfoui sous le désert

C'est dans les niveaux gréseux et argileux rouges du Crétacé supérieur du Chott de Tigri, dans la commune territoriale de Tendrara, que les fossiles ont été découverts. Cette zone, peu connue du grand public, s'étend dans les hauts plateaux de la région de l'Oriental, à la frontière entre les territoires semi-arides et les premières steppes désertiques. Un paysage de bout du monde, austère et magnifique, qui cache sous sa surface des trésors vieux de plus de 100 millions d'années.

Les chercheurs de l'Université Mohammed 1er, sous la direction des professeurs Lahbib Boudchiche et Lakhdar Hamzaoui, ont mené un travail de terrain minutieux rendu possible grâce à la collaboration précieuse de la population locale — notamment des nomades de la région, dont la connaissance intime du territoire a guidé les scientifiques vers les zones de concentration fossile. Ce partenariat entre science académique et savoir populaire local est l'un des aspects les plus remarquables de cette découverte.

Les fossiles ont été identifiés dans des couches sédimentaires du Crétacé supérieur, une période géologique qui s'étend de 100 à 66 millions d'années avant notre ère — l'âge d'or des grands dinosaures, juste avant leur extinction massive.

Les gisements de Tendrara s'ajoutent ainsi à une cartographie paléontologique marocaine déjà impressionnante, en ouvrant un nouveau chapitre pour la région de l'Oriental, jusqu'ici peu représentée dans les publications scientifiques sur les dinosaures du Maroc.

 

2. Ce que ces fossiles nous disent sur le Maroc du Crétacé

Il y a 100 millions d'années, l'Afrique du Nord n'était pas le territoire aride que nous connaissons aujourd'hui. La région correspondant à l'actuel Maroc oriental était un environnement tropical et subtropical, traversé de grandes rivières, bordé de zones marécageuses, sous un climat chaud et humide. Un monde luxuriant, peuplé d'une faune gigantesque dont nous commençons seulement à mesurer la diversité.

Les fossiles retrouvés dans les couches du Crétacé supérieur du Chott de Tigri témoignent de la présence de grands dinosaures herbivores et carnivores dans cette région. Leur découverte permet aux scientifiques de mieux comprendre la répartition géographique des espèces sur le continent africain à cette époque, et d'affiner les reconstructions paléoécologiques de cet environnement disparu.

Un puzzle scientifique à reconstituer

Chaque fossile trouvé dans la région de l'Oriental est une pièce d'un immense puzzle. Les os fossilisés permettent aux paléontologues de déterminer l'espèce, la taille, le régime alimentaire et les comportements des animaux qui ont peuplé ces terres. Combinés aux données géologiques des couches sédimentaires, ils permettent de reconstituer l'environnement dans sa totalité : climat, végétation, cours d'eau, autres espèces animales coexistantes.

Le paléontologue marocain Nour-Eddine Jalil, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris depuis 2013 et l'un des plus grands spécialistes mondiaux des fossiles du Maroc, rappelle que son pays est l'un des rares au monde à offrir des formations sédimentaires continues depuis le Précambrien jusqu'à nos jours. Chaque région du Maroc contribue à cette histoire universelle de la vie sur Terre.

 

3. Le Maroc, l'un des territoires paléontologiques les plus riches du monde

La découverte de Tendrara ne surgit pas dans un vide scientifique. Elle s'inscrit dans une longue série de trouvailles extraordinaires qui font du Maroc l'un des pays les plus importants au monde pour la paléontologie des dinosaures. Voici le panorama des découvertes marocaines qui font trembler la communauté scientifique internationale :

 

🦕  Tazoudasaurus naimi (Moyen Atlas) : le plus ancien sauropode connu d'Afrique, vieux de 183 millions d'années

🦖  Spinosaurus aegyptiacus (Kem Kem, Erfoud) : premier dinosaure aquatique connu au monde, 100 millions d'années — publié dans Nature

🦕  Spicomellus afer (Boulemane, 2023) : le plus ancien ankylosaure de la planète, premier d'Afrique, Jurassique moyen

🦕  Thyreosaurus atlasicus (Moyen Atlas, 2024) : premier stégosaure du Jurassique inférieur découvert au Maroc

🦖  Ajnabia odysseus (Khouribga) : premier dinosaure à bec de canard découvert en Afrique, 66 millions d'années

🦖  Chenanisaurus barbaricus (Khouribga) : l'un des derniers grands prédateurs d'Afrique avant l'extinction des dinosaures

🦕  Gisements de Tendrara (Oriental) : Crétacé supérieur, plus de 100 millions d'années — Université Mohammed 1er d'Oujda

 

Le bassin de Kem Kem, à cheval sur le Maroc et l'Algérie dans le sud-est du pays, est considéré par les paléontologues comme l'un des écosystèmes à dinosaures les plus riches et les plus violents jamais documentés — un véritable « système fluvial de la terreur » peuplé simultanément de plusieurs espèces de super-prédateurs.

 

4. L'Oriental, bien plus qu'une région frontalière : un territoire à explorer

Pour les amateurs de nature, d'histoire et de sciences, la région de l'Oriental offre une palette d'expériences bien au-delà de ce que les guides touristiques classiques décrivent. La découverte de gisements fossiles à Tendrara et Figuig ajoute une dimension scientifique et éducative inédite à cette région du Maroc.

Figuig : l'oasis au bout du monde

À quelques heures au sud de Tendrara, Figuig est l'une des plus belles et des plus secrètes oasis du Maroc. Nichée dans une cuvette entourée de montagnes arides, cette oasis millénaire avec ses 200 000 palmiers dattiers est aussi un territoire géologique fascinant. Les couches sédimentaires qui affleurent dans ses environs sont les mêmes que celles qui ont livré les fossiles de Tendrara.

Oujda : un pôle scientifique au service du patrimoine

Oujda, capitale de la région, abrite l'Université Mohammed 1er, dont le laboratoire de recherche paléontologique est à l'origine de cette découverte. C'est ici que travaillent les chercheurs qui étudient les fossiles de Tendrara, qui sensibilisent les populations locales à la préservation de ce patrimoine, et qui plaident pour la création de musées régionaux capables de conserver et d'exposer ces trésors paléontologiques au grand public.

La région de l'Oriental possède ainsi le potentiel de devenir une destination de géotourisme majeure au Maroc — un tourisme scientifique et culturel qui attire des visiteurs du monde entier pour découvrir les sites paléontologiques, les paysages géologiques et le patrimoine naturel d'une région encore préservée de la masse touristique.

 

5. Le défi de la préservation : un trésor menacé

La richesse paléontologique du Maroc est aussi une responsabilité. Depuis plusieurs décennies, le pays est confronté à un phénomène de pillage et de trafic illégal de fossiles qui prive la science et les générations futures d'un patrimoine irremplaçable. Des ossements qui auraient pu révéler des espèces inconnues finissent dans des collections privées à l'étranger, perdus pour la recherche.

o   Le braconnage de fossiles : un problème endémique reconnu par les scientifiques, qui déplorent que des parties entières de squelettes précieux soient vendues sur des marchés internationaux. Le cas du Spicomellus afer de Boulemane est emblématique : une partie significative du squelette a été mise en vente en ligne à des prix pouvant atteindre 10 000 livres sterling

o   L'absence de musées régionaux : le paléontologue Nour-Eddine Jalil déplore l'absence de musées régionaux combinant collections et expositions pour préserver et valoriser ce patrimoine pour les générations futures

o   Le manque de moyens pour les chercheurs : les obstacles matériels constituent l'un des principaux freins à la recherche paléontologique au Maroc, malgré la richesse exceptionnelle des gisements

o   La sensibilisation des populations : les professeurs de l'Université Mohammed 1er ont mené un important travail d'éducation auprès des élus locaux et des populations nomades de Tendrara, dont la collaboration a été décisive pour la découverte et la protection des gisements

 

Le travail des chercheurs de l'Université Mohammed 1er à Tendrara est exemplaire à cet égard : en associant les communautés locales à la découverte et à la préservation des sites fossiles, ils construisent un modèle de conservation participatif qui pourrait inspirer d'autres régions du Maroc.

 

6. Vers un géoparc de l'Oriental ? Une ambition à saisir

La découverte des gisements de Tendrara ouvre une perspective ambitieuse : la création d'un géoparc dans la région de l'Oriental, sur le modèle des géoparcs reconnus par l'UNESCO qui existent déjà dans le monde. Ces espaces naturels protégés, où la géologie, la paléontologie et le tourisme scientifique se conjuguent, sont devenus de puissants moteurs de développement économique local dans les régions qui les accueillent.

Avec ses paysages de steppes et de plateaux arides d'une beauté sévère, ses gisements fossiles du Crétacé, ses oasis préservées comme Figuig, et la proximité de l'Université Mohammed 1er comme pôle scientifique de référence, la région de l'Oriental réunit toutes les conditions pour devenir l'une des grandes destinations de géotourisme du continent africain.

Transformer un gisement de fossiles en destination touristique scientifique, c'est offrir à une région entière une nouvelle vocation économique tout en préservant son patrimoine pour les générations futures. C'est exactement ce que pourrait faire la région de l'Oriental avec les découvertes de Tendrara.

 

Conclusion : le sol marocain n'a pas fini de nous surprendre

La découverte de fossiles de dinosaures dans la région de l'Oriental n'est pas simplement une nouvelle scientifique. C'est un rappel puissant que le Maroc est assis sur l'un des héritages géologiques les plus riches de la planète — un héritage qui s'étend sur des millions d'années et qui, à chaque nouvelle fouille, révèle un peu plus de l'histoire secrète de la vie sur Terre.

De Figuig à Tendrara, des hauts plateaux de l'Oriental aux gorges du Kem Kem, des mines de phosphate de Khouribga aux flancs du Moyen Atlas, le Maroc est une terre de dinosaures. Une terre dont les scientifiques, les passionnés de paléontologie et les amoureux du patrimoine naturel ne font que commencer à explorer les profondeurs.

Et quelque part, sous les grès rouges du Crétacé de Tendrara, d'autres géants attendent encore d'être découverts.

Avez-vous déjà visité la région de l'Oriental ? Connaissez-vous d'autres sites fossiles remarquables au Maroc ? Partagez vos découvertes en commentaires !


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